SEGNIA- Cercle d\'Histoire et d\'Archéologie - HOUFFALIZE

Le clos d’équarrissage de La Roche en 1917, une entreprise germanisée par Philippe GEUBEL

Le clos d’équarrissage de La Roche en 1917,

une entreprise germanisée (*) 

 

                                               Philippe GEUBEL

 

 L'entièreté de cet article peut être obtenu sur simple demande à Segnia

 

 

Nous avons trouvé au recto d’une lettre datée du 6 février 1917, envoyée de La Roche-en-Ardenne à Durbuy, un grand cachet allemand double cercle aussi rare que curieux : au centre, le dessin d’un coq et le chiffre « 1851 » et à l’extérieur « KADAVERVERWERTUNG / LAROCHE (BELG.) ». L’expression « Kadaververwertung » se traduit par « clos d’équarrissage », c’est-à-dire un établissement qui traite les carcasses d’animaux pour en retirer les éléments précieux en temps de guerre, tels que le cuir et les os. Au verso, on découvre le cachet de Barvaux du 8 février 1917.

 

Comme le suggère le cachet voisin « 4. Esk. Drag.-Regt. 13 / Abtlg. : Laroche » (4. Eskadron (des) 13. Dragoner-Regiments / Abteilung : Laroche », les animaux en question sont des chevaux utilisés par les dragons.

 

Le problème principal consiste à interpréter le motif occupant la partie centrale du cachet. Nous présumons que les militaires allemands se sont appropriés l’organisme belge et lui ont donné une dénomination allemande. Quant à la présence du coq et du nombre 1851, elles restent énigmatiques.

 

Les entreprises en temps de guerre étaient, soit mises sous séquestre comme celles de nationalités étrangères (française, anglaise, portugaise, canadienne, russe ou brésilienne), soit comme certaines entreprises belges, purement et simplement germanisées et exploitées par les Allemands. Dans certains cas, l’entreprise belge était liquidée comme ce fut le cas pour la « Banque de Neufchâteau » à Neufchâteau. On peut affirmer que la « Kadaververwertung » de La Roche est un exemple de germanisation dans la Province de Luxembourg.

 

 

L’enveloppe est affranchie de deux timbres-poste allemands émis à partir de 1905, du type « Germania », avec en surcharge, en caractères gothiques, « Belgien » et la valeur exprimée en « centimes ». Le premier est un 10 centimes sur 10 Pf. rouge et le second un 5 centimes sur 5 Pf. vert - émission du 1er octobre 1914 - .

 

Le pli est affranchi normalement, sans recours à la franchise de port accordée aux « Reichsdienstsachen » (envois de service dans l’intérêt du Reich), car les envois en matière de fourniture commerciale devaient être affranchis. Au verso, on découvre le cachet de Barvaux du 8 février 1917.

 

*          *          *          *

 

Interrogé à ce sujet, Monsieur Roger Binet, de La Roche, né en 1913, nous a dit se souvenir des odeurs désagréables et incommodantes qui se dégageaient des installations, surtout en été, et qui se répandaient dans tous les environs. L’endroit était appelé « â Kadavèr » par les Rochois et se situait en aval de la ville, non loin de l’Ourthe, au bas de la descente du Falhy, en bordure de la route de la vallée menant vers Hotton. Y étaient amenés les chevaux blessés ou tués lors des combats mais notre témoin ignore si les activités du centre ont débuté avant 1914 et si la ligne du vicinal passant à proximité était utilisée pour le transport des carcasses et des animaux devenus inutiles pour les armées. Le centre a cessé toute activité après 1918.

 

Par contre, il se souvient que les jeunes gens de La Roche avaient rendez-vous pour danser certains soirs de fête avec les jeunes filles employées au clos d’équarrissage par les forces occupantes et les retrouvaient dans un établissement situé au Point du Jour, à environ deux kilomètres en aval. La plupart de ces jeunes travailleuses étaient des Françaises qui avaient fui les régions de l’Argonne et du Clermontois où les combats faisaient rage.

 

 

(*) La première partie de cet article a été publiée en juin 2003 dans le Bulletin de l’Amicale Philatélique de Bruxelles. L’auteur a bénéficié des informations fournies par Mr Gerhard Ludwig auxquelles s’est ajouté le témoignage de Mr Binet, ancien boucher établi à La Roche, recueilli en décembre 2007 par Mr L. Nollomont.



30/12/2010
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