SEGNIA- Cercle d\'Histoire et d\'Archéologie - HOUFFALIZE

Nadrin, sa villa gallo-romaine, dossier pédagogique


Villa gallo-romaine de Nadrin, dossier pédagogique à l'attention des enfants du cycle primaire supérieur et du cycle secondaire inférieur.

Marc Caprasse, administrateur du Cercle d’Histoire et d’Archéologie SEGNIA
Remarque : ce dossier est disponible sur simple demande auprès du cercle Segnia.
l'iconographie manque (trop lourd pour ce blog), les légendes y relatives sont en italique et un quiz (questions / réponses) termine ce dossier.


Objectifs pédagogiques : conscientiser l’enfant à son patrimoine direct et mise en place d’éléments historiques tels que chronologiques, événementiels ou anecdotiques.
Qu’est-ce que l’histoire ? Récit des faits, des événements passés, relatifs à la vie de l’humanité, d’une société, d’une personne, etc.
Qu’est-ce que l’archéologie ? Mise en garde de l’interprétation et de la reconstitution archéologique ! (cf. lexique)


Sommaire :


Situation géographique

1.1. Europe - Belgique – Ardennes – Luxembourg - Nadrin (p. 2)
1.2. Carte de l’extension maximale de l’Empire romain et Belgique romaine (p. 3)

Ligne du temps

2.1. Généralités historiques relatives à la région de Houffalize (p. 3)
2.2. La conquête romaine en Ardenne (pp. 3 à 4)
2.3. Situation des voies romaines et leur importance pour le développement de nos contrées (Reims – Cologne et autres ?) (pp. 5 à 6)

De l’archéologie et de l’architecture

3.1 Découverte du site de la villa de Nadrin (p. 7)
3.2. Plan de la villa (p.7)
3.3. Description de l’implantation de la villa (+ la source d’eau) (p. 8)
3.4. Description des différentes pièces du bâtiment (pp. 8 à 13)
3.5. Hypocauste (pp. 13 à 15)
3.6. Trouvailles sur le site et anecdotes (p. 16)
3.7. Réemploi des mœllons de pierre pour de nouvelles constructions (pp. 16à 17)

Lexique (pp. 18 à 20)

Orientation bibliographique sommaire (p. 20)

Aperçu de reconstitution et d’interprétation du milieu celtique et romain ; illustrations issues du site Internet de l’archéosite d’Aubechie-Bliquy. (pp. 21 à 23)

Quiz (pp. 24 à 26)




Situation géographique.


1.1. Europe - Belgique – Ardennes – Luxembourg - Nadrin

Carte tirée du site du syndicat d’initiative de Nadrin
Cartes : extension maximale de l’Empire Romain et notre Belgique Romaine ou Chevelue ainsi que les grandes voies romaines.


2. Ligne du temps.

Nos régions réputées impénétrables, devaient connaître très peu d’implantation romaine ou gallo-romaine. Du moins le pensait-on ! Le ministère de l’intérieur entreprend des fouilles dès 1834 et 1835. Un conducteur des mines, Monsieur Quoilin, s’est vu confier les premières prospections archéologiques officielles sur le site de la villa de Sommerain. Pourtant, il faut attendre un siècle pour que des sondages et des recherches archéologiques s’opèrent de manière plus récurrente. L’impulsion fut initiée par le cercle d’histoire et d’archéologie SEGNIA dans les années 1950. Graduellement, une collaboration efficace se développe entre les chercheurs locaux, des amateurs passionnés, le service national des fouilles et des universités (Louvain, ULg, ULB). Bref, la carte archéologique des différentes périodes de l’histoire se colorie et les chercheurs se rendent compte que nos contrées ne manquent certainement pas d’intérêts du point de vue historique !

2.1. Les objets du paléolithique et du mésolithique sont très rares.
Il nous faut attendre le néolithique pour étayer le nombre des trouvailles qui demeurent exceptionnelles.
Les premiers agriculteurs nous ont laissé des artefacts tels que haches polies, pointes de flèches, grattoirs, racloirs, etc. Ceux-ci sont en silex ou en roche dure. Divers mégalithes sont disséminés sur un large territoire autour de Nadrin. Les dolmens et menhirs de Wéris sont les exemples les plus connus.
A présent s’impose une remarque. Uderzo et Gosciny ont commis une erreur en représentant Obélix comme tailleur de menhirs, il s’agit d’un anachronisme !

Les âges des métaux sont beaucoup mieux représentés. Les Celtes sont arrivés chez nous au courant du premier âge du fer (Hallstatt). Les archéologues ont découvert des tertres à inhumation ou à incinération isolés ou rassemblés en nécropole. Les offrandes au défunt sont constituées de différentes céramiques (vase) ou de pièces métalliques. Celles-ci sont en bronze (parure féminine, fibule), en fer (pointe de lance, hache, coutelas) ou en or (boucles d’oreilles de Wibrin).
Aucun site d’habitat n’a été découvert dans notre région. Par contre, plusieurs fortifications nous sont connues. Le choix des sites fortifiés ou oppida(um, sg.) témoigne d’une parfaite connaissance du relief et de ses potentialités stratégiques. La superficie de ces forteresses est vaste puisqu’elle varie de 1,5 à 13 hectares ; elle devait permettre d’héberger de manière permanente une population déjà importante avec ses troupeaux et son nécessaire pour la vie de tous les jours. Le Cheslé de Samrée-Bérismenil, les Blancs Bois de Tavigny-Alhoumont en sont des exemples.

2.2. La conquête romaine nous est mieux connue en raison de notre plongée dans l’histoire, celle déterminée par l’écrit et plus particulièrement l’œuvre de César, son De la Guerre des Gaules. Cet envahisseur nous a laissé des trésors d’informations relatives aux noms des peuples celtes de la Gaule, aux noms des fleuves, des villes, aux dieux, etc. De tradition orale les celtes ne peuvent nous renseigner aussi bien que les récits d’un Jules César nonobstant le fait que ces textes ont un but clairement défini de propagande politique.

La Guerre des Gaules répertorie les différents peuples que César a combattus. Ceux qui nous intéressent font partie de la Belgique Chevelue et plus particulièrement les Sègnes que César situe sur l’Ourthe orientale, donc chez nous (Livre VI, 32, 1). (Vous aurez vite compris l’origine du nom du cercle d’histoire et d’archéologie SEGNIA.)

Vitorius Caupius, décurion. Inscription en latin. (1er siècle pcn.)

En 57 acn. César débute sa conquête qui s’achèvera en 51. Vous connaissez tous l’expression : de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves. Celle-ci est issue de l’œuvre de César. Un chef belge, en l’occurrence Eburon, du nom d’Ambiorix, a occasionné bon nombre de difficultés aux légions romaines. Mais celles-ci furent tout de même victorieuses en 51 acn. César s’est longuement attardé dans ses commentaires sur une bataille où Vercingétorix fut battu après le siège de l’oppidum d’Alésia (-52) et la défaite de la coalition gauloise. Notre région s’est ensuite lentement romanisée par l’intermédiaire des commerçants et / ou des vétérans des légions qui s’y installent et surtout par la construction des voies romaines.


2.3. La société traditionnelle celte s’assimile donc très lentement à la civilisation romaine. La première trace tangible de cette romanisation est la construction d’une des grandes voies de l’Empire, celle reliant Reims à Cologne. D’une valeur stratégique de second plan, sa valeur économique était d’une plus grande importance. Elle traversait la fameuse forêt ardennaise que les empereurs romains ont toujours considérée comme un fief propre et une réserve de bois et de chasse non négligeable. Les tronçons rectilignes, tant au départ de Reims que de Cologne, prouvent son importance ; le tracé ardennais, étonnement sinueux et flou semble révéler plutôt une piste qu’une grande voie de communication remontant à la période de son aménagement. Ce n’est que vers le milieu du 1er siècle pcn. que la vie s’anime le long de son parcours ; c’est la période durant laquelle Rome songe à l’organisation du territoire traversé par la chaussée, une organisation qui vise en premier lieu l’exploitation systématique des ressources naturelles de la région, ressources agricoles, forestières et minières (Curia Arduennae attestée par une inscription d’Amberloup ou la Curia Ollodag qui consacre un portique au dieu Intarabus dans le sanctuaire de Foy-les-Bastogne). Un fanum est implanté à Tavigny et il aurait non seulement joué un rôle de centre religieux mais également de centre administratif.
Les nombreuses villas, disséminées dans la région, leur implantation caractéristique, leur plan presque standardisé ainsi que leur chronologie semblent révéler un aménagement territorial selon un plan préconçu, c’est-à-dire décidé à l’avance.

Vue actuelle d’une voie romaine (sup.gauche)
Les différentes structures formant une voie romaine (droite)
Terrassement avant l’aménagement d’une voie romaine (inf.gauche)


3. De l’archéologie et de l’architecture


3.1. Découverte du site de la villa de Nadrin.
« Comment avez-vous su que cet endroit recélait les ruines d’un site historique qui, en l’occurrence, était une villa romaine ? » Voici la première question posée par les visiteurs. Lors de la construction d’une maison toute proche, les terrassiers découvrent des morceaux de tuiles et des carreaux de dallage ancien. Aucune couverture de toit n’est réalisée en tuile dans la proche région. Intrigués, des archéologues amateurs posent des questions dans le voisinage. Un hangar agricole contient dans ses murs de soutènement des tuiles, des fragments de terre cuite et de magnifiques mœllons parfaitement équarris. Pourquoi avoir utilisé de tels moellons pour la construction d’un simple hangar alors qu’ils auraient été du plus bel effet pour une habitation ? Plusieurs autres maisons révèlent d’autres pierres parfaitement taillées en forme de carrés, de losanges et de claveaux. Ces pièces sont plutôt destinées à la réalisation d’arcs décoratifs et de voûtes. Que font-ils donc dans de simples murs ? Plusieurs personnes âgées de Nadrin révèlent aux archéologues qu’au lieu-dit « les jardins », on trouvait beaucoup de bonnes pierres ainsi que des tessons de poterie. Tous ces indices ont amené les archéologues à pratiquer des tranchées d’exploration sur le site. L’aire d’implantation de la villa fut donc déterminée et des fouilles programmées.


3.2. Plan


Schéma de l’évolution de la villa de Nadrin, d’après M. Meunier, Cercle SEGNIA


3.3. Le bâtiment est implanté sur une pente douce, non loin du sommet de la crête. Il est ainsi protégé des vents dominants et donc diminue les rudesses de l’hiver. Ce type d’implantation est caractéristique des autres villas de la région.
Une source est située à 100 mètres au nord est, un peu en contrebas. L’approvisionnement en eau n’était donc pas un problème.

Vue générale du site de fouille pendant le dégagement opéré par le cercle SEGNIA. Notez les directions des tranchées ainsi que l’hypocauste en avant plan central.

3.4. De type galerie-façade, la villa se développe sur une longueur de 29,60 m X 25 m et est composée d’un corridor au sol bétonné flanqué de deux salles légèrement débordantes ; la salle occidentale présente un sol également bétonné au même niveau que celui de la galerie (A). Alors que tous les murs sont construits en schiste gréseux de provenance locale, la façade présente comme particularité un parement en petits moellons de grès sableux de couleur brun jaune, disposés en réticulé, offrant un décor polychrome. Ce mur semble dater d’une seconde phase de construction ; il est percé d’une porte, ce qui laisse supposer une façade partiellement fermée. Une grande salle de près de 18 x 11 m constitue le noyau du complexe. Celle- ci est appelée atrium. Tout autour sont aménagées par la suite diverses chambres et autres structures dont la plus importante est l’ensemble appliqué à l’ouest et dont la technique de construction est très soignée. Le décor peint témoigne de la fonction importante qu’il représente pour tout le domaine. Il comprend une première salle (B) avec un foyer (M), suivie d’une seconde chauffée par hypocauste (cf. point 3.4.) ; un corridor (D) sépare ces premières et donne accès à une troisième (E), planchéiée, sous laquelle une cave (3,8 x 3,9m environ) a été creusée et son accès est constitué par des marches (H) en bois (calcinées). Celle-ci présente quelques particularités : deux niches à provisions ( ?) les drains à la base des murs (sauf côté accès) et en diagonale sont de simples rigoles couvertes d’ardoises épaisses. Les eaux recueillies s’évacuent sous le mur dans l’angle N-E. L’écoulement s’y produit toujours.

Cave, le drain y est encore visible et parfaitement identifiable, soulignons aussi l’emplacement de poutraison dans l’angle supérieur droit.. Fouilles SEGNIA



Une quatrième pièce, salle de séjour (F), fait suite au nord. Son pavement est fait d’un béton rosâtre lissé et les parois portent encore les traces de fresques polychromes. Notons qu’une couche d’enduit cimenté protège le bas des murs, à l’extérieur, de toute humidité. Tant au fond de la cave qu’à l’extérieur, il faut souligner le soin apporté à l’assainissement du bâtiment (rigoles, drains (J et K), canalisations permettant l’évacuation de l’eau).

Drain circulant sous les pièces de la villa. Fouilles SEGNIA.


Le toit est composé d’une charpente de chêne sur laquelle repose une couverture de tuiles et/ou d’ardoises (cf. figure ci-dessus). Notons un aménagement : le praefurnium (G), qui est le foyer d’alimentation thermique de l’hypocauste.
Les autres parties de la villa ne sont pas identifiables. L’arasement du sol ne permet aux archéologues aucune interprétation quant aux destinations des autres ailes de la villa. Seules des hypothèses peuvent être émises. N’importe quelle ferme actuelle doit pouvoir offrir des espaces de rangements pour les outils et le matériel de transport, rentrer le bétail en hiver ou stoker les denrées cultivées et récoltées. Ce devait être l’affectation de cette partie de la villa.

Cette villa fut abandonnée (incendiée) vers le milieu du 3ème siècle pcn. (1ère invasion franque 256-269 et crise démographique – guerres civiles, invasions, épisode des Bagaudes, épidémies – diminution des transports terrestres et fluviaux (les voies romaines se dégradent) – succession d’empereurs nommés par les légions d’où instabilité de l’autorité centrale).
A : fin Ier. – début IIème. siècle pcn.
B à D : IIème. – première moitié du IIIème. siècle pcn.

3.5. Hypocauste
Le mode de chauffage le plus répandu était le chauffage par hypocauste qui n’est autre que le principe du chauffage central dont les radiateurs sont remplacés par d’autres matériaux. Le sol de cette salle est carrelé de dalles rectangulaires ; les pilets sont espacés de 65 cm et constitués de 14 briques cylindriques en terre cuite liées à l’argile. La suspensura comporte trois variétés de carreaux en terre cuite superposés. La dernière strate est un ciment réfractaire qui constitue le revêtement du sol de cette salle chauffée. Des tubuli en terre cuite, disposés verticalement dans l’épaisseur des murs fournissent un complément de chaleur. Ce sont des boisseaux parallélépipédiques, longs d’une vingtaine de centimètres, striés au peigne pour en faciliter l’adhérence au mortier et percés latéralement de petites ouvertures circulaires ou rectangulaires. Cet assemblage permet à l’air chaud (gaz ou fumée) de circuler dans les murs de manière horizontale et verticale. L’origine de cet air chaud est un feu allumé dans le praefurnium. Il circule entre les pilets puis s’introduit dans le mur par l’intermédiaire des tubuli qui diffusent la chaleur par les murs. Le feu du praefurnium atteignait sans doute les 300° celcius et il devait diffuser une température ambiante de 20 ° celcius dans la salle au-dessus de l’hypocauste.


Fouilles de la villa par le cercle SEGNIA, vue de l’hypocauste après dégagement des terres ; notez les bases des pilets qui sont les supports de la suspensura.


Fouilles de la villa par le cercle SEGNIA, vue de l’hypocauste après dégagement des terres et vue de l’entrée d’air chaud provenant du foyer d’alimentation avant dégagement.


Vue du foyer d’alimentation de l’hypocauste après dégagement.. Fouilles SEGNIA.

Restitution de l’hypocauste. Les pilets, la suspensura et les tubuli.
Dessin de Maurice Meunier, Cercle SEGNIA.


3.6. Lors des fouilles de la villa, plusieurs objets ont été mis au jour. Trois monnaies l’une de Nerva, la deuxième d’Hadrien et la dernière de Faustine II. Des débris de céramique ordinaire et sigillée, quatre sortes de clous, des fragments de meules à grains, des morceaux de verre à vitre, des débris de fioles, une belle fibule en bronze, des clefs, des gonds de porte, énormément de clous, une clochette en métal, etc., tous ces fragments racontent la vie des gens de l’époque et permettent de dater l’occupation des lieux.
Plusieurs trouvailles font resurgir l’existence de personnes et donnent une dimension émotionnelle. L’empreinte du doigt d’un adolescent est figée dans un carreau en terre cuite ; celle d’une plante de pied d’un enfant, des pas de chèvres, des ongles de porcs et de chiens prouvent qu’ils sont passés là, à un moment donné ! Plus particulièrement, dans le fond de la cave, les archéologues ont découvert des écailles d’huîtres. Et oui, les gallo-romains de Nadrin les consommaient aussi !
Notons un fait important relatif aux tessons de céramiques. Beaucoup sont de production locale mais certains sont des importations parfois lointaines. Soulignons que ces importations ont sans aucun doute fait l’objet de commerce (troc) et quelles ont transité par des itinéraires empruntant les voies romaines.
Des ustensiles de ménage font aussi partie des trouvailles. Des tessons de céramique proviennent de production locale mais certains sont importés. Pour preuve, l’exemple du fragment de bol en terre sigillée décorée provenant de l’atelier du potier Alpinius résidant à Trèves et datant de la première moitié du IIIème. siècle pcn.


Emplacement des escaliers de la cave où l’on distingue les traces de la combustion du bois des marches dont l’essence devait être du chêne. Fouilles SEGNIA.


3.7. Après l’abandon ou la destruction de la villa, vers +/- 250 pcn., celle-ci fut peut être de nouveau habitée, entièrement ou partiellement, par la population locale mais la richesse des anciens propriétaires n’existera plus et l’édifice se désagrégera au fil des années sans réparation conséquente. Il est probable mais hypothétique également que les autochtones ne construiront plus des bâtisses de cette qualité avant la fin du haut Moyen-Âge. Ils préfèreront des matériaux plus légers et conséquemment plus périssables. Après les réformes agricoles du haut Moyen-Âge, les hommes vivant à proximité de la villa n’hésiteront pas à utiliser les moellons des ruines afin de construire leur ferme beaucoup plus petite que celle du 3ème siècle. Les ruines feront office de carrière. La preuve en est qu’il n’est pas rare de trouver des pièces de meules dans les murs des vieilles batisses que nous connaissons encore aujourd’hui.
Les riches propriétaires ont-ils préféré s’établir dans une ville, mieux protégée, ou ont-ils été tués par des « barbares » ou des bandes de brigands qui sévirent durant la période troublée des « grandes invasions » ? Toujours est-il que notre région ne connaîtra plus cette opulence architecturale avant longtemps…
Soulignons le fait que les villae de nos régions connaîtront toutes un sort identique à celle de Nadrin et ce, à la même époque. Cette période de troubles dut être suffisamment intense pour que ce genre de riche exploitation agricole disparaisse ! Arlon (Orolanum) se voit doté de remparts durant la même époque. Les villes se fortifient car l’Empire romain traverse une période d’instabilité. L’autorité de Rome, par l’intermédiaire de ses fameuses légions, ne permet plus de garantir la « Pax Romana » qui avait permis à la Gaule de connaître une longue période de calme et par voie de conséquence, une bonne stabilité économique et sociale.

Le Cercle d’Histoire et d’Archéologie SEGNIA est donc l’auteur des travaux de fouille, d’étude et de « restauration » du site de la villa gallo-romaine de Nadrin. Sans son intervention et sa détermination, cette partie de notre histoire ne nous serait pas connue…

Restauration actuelle des murs en élévation de la villa gallo-romaine de Nadrin. Photo syndicat d’initiative de Nadrin.


4. Lexique

Âge des métaux : période de l’histoire englobant les périodes du cuivre, bronze et fer reflétant l’évolution technique des sociétés.
Ambiorix : chef de guerre du peuple gaulois des Eburons.
Anachronisme : erreur qui consiste à ne pas situer un événement à sa date ou dans son époque ; confusion entre des époques différentes.
Anc : ante Christum natum ; avant la naissance de Jésus Christ.
Archéologie : science qui permet d’appréhender depuis les temps les plus reculés, les activités de l’homme, ses comportements sociaux ou religieux et son environnement.
Artefact : phénomène d’origine artificielle ou accidentelle, rencontré au cours d’une observation ou d’une expérience. Ici, objet d’origine humaine.
Assainissement : ensemble de techniques d’évacuation et de traitement des eaux usées et des boues résiduaires.
Bronze : alliage de cuivre et d’étain à forte proportion de cuivre.
Celte : ensemble de peuples parlant une langue indo-européenne, individualisés vers le deuxième millénaire et qui occupèrent une grande partie de l’Europe ancienne ; les Gaulois habitaient la Gaule et les Belges, la Belgique du nord ainsi que les Pays-Bas.
Céramique : objet en terre cuite.
Jules César : en latin, Caius Julius Caesar, 96 avant J.C à 44 avant J.C, était un homme d’état romain. Auteur des commentaires sur La Guerre des Gaules.
Cologne : ville d’Allemagne sur le Rhin (grand fleuve).
Combustion : fait, pour un corps, de brûler.
Désagréger : produire la désagrégation (décomposition, désintégration) de quelque chose.
Dolmen : monument mégalithique composé d’une ou de plusieurs dalles horizontales reposant sur des blocs verticaux, formant les parois d’une chambre funéraire (> < menhir).
Drains : conduits souterrains pour l’évacuation des eaux d’un terrain trop humide.
Eburons : peuple de la Gaule Belgique.
Épidémies : propagation subite et rapide d’une maladie infectieuse, par contagion, à un grand nombre de personne d’une région.
Fanum : nom générique d’un petit temple romain.
Faustine : épouse d’empereur romain.
Fibule : épingle de sûreté en métal qui servait à fixer les vêtements.
Fioles : petit flacon de verre à col étroit.
Fouille : action d’explorer, de visiter minutieusement pour trouver quelque chose de caché. Principe de base de l’archéologie.
Foyer : espace déterminé et aménagé où on entretient un feu sur une longue durée.
Francs : peuple germanique qui donna son nom à la France. Etablis au troisième siècle sur le Rhin inférieur, ils participent alors aux incursions barbares dans la Gaule romaine.
Gosciny : scénariste du début des aventures d’Astérix et Obélix.
Hadrien : en latin, Publius Aelius Hadrianus, fut un empereur romain.
Hallstatt : ou Hallstadt, bourg d’Autriche. Ici, une séquence de la période de l’âge du fer.
Hectare : mesure de superficie. (ha)
Invasions : action d’envahir un pays avec des forces armées.
Légions : unités fondamentales des armées romaines.
Menhir : monument mégalithique constitué d’un seul bloc de pierre vertical (> < dolmen).
Mésolithique : période chronologique de -9000 à -5000, intermédiaire entre le paléolithique, et le néolithique, qui est marquée par un réchauffement climatique postglaciaire. (avant la période glaciaire)
Moyen-Âge : période de l’histoire située entre l’Antiquité et les Temps Modernes. Débute avec la chute de l’Empire romain d’Occident (476) et se termine avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (1492).
Nécropole : vaste lieu de sépultures, grand cimetière.
Néolithique : période de mutations majeures dans l’évolution des sociétés humaines, correspondant à la domestication des plantes et des animaux, à la sédentarisation, à la fabrication de la céramique, au tissage et au polissage des outils en pierre dure.
Nerva : empereur romain.
Obélix : héros de bd, dessiné par Uderzo et scénarisé par Gosciny.
Oppidum : camps ou ville protégé par des remparts et le relief.
Paléolithique : première période de la préhistoire, caractérisée par l’apparition puis le développement de l’industrie de la pierre.
Pax Romana : la paix romaine.
Pcn : post Christum natum ; après la naissance de Jésus Christ.
Pilet : assemblage de matériaux formant une pile, le plus souvent cylindrique, pour soutenir d’autres matériaux ; ici un sol de dalles.
Polychrome : de plusieurs couleurs.
Portique : galerie de rez-de-chaussée ouverte sur un ou sur chacun de ses longs côtés par des arcades ou une colonnade.
Prospection : exploration méthodique d’un lieu pour y trouver quelqu’un ou quelque chose.
Récurrent : qui revient, se reproduit. Un phénomène récurrent.
Réfractaire : surface qui réfléchit une onde de chaleur et la dirige dans un sens déterminé.
Reims : ville de France.
Réticulé : type de parements architectoniques.
Rome : Capitale de l’Italie.
Sègnes : peuple de la Gaule Belgique sans doute établit sur l’Ourthe Orientale.
Sigillée : céramique romaine ou gallo-romaine faite d’argile fine.
Sondage : en archéologie, tranchée opérée sur une surface déterminée afin d’y définir l’intérêt d’une fouille ou la circonscription d’un site de fouille.
Strate : en archéologie, les différents niveaux constituant la hauteur d’une tranchée.
Suspensura : assemblage de carreaux soutenus par des pilets et servant d’assise au sol de la pièce chauffée par le système de l’hypocauste.
Tertre : petite élévation de terre.
Tubuli : briques comportant des ouvertures qui assemblées les unes aux autres permettent le transit de l’air chaud dans les parois des murs.
Uderzo : dessinateur de bandes dessinées. Créateur d’Astérix.
Vercingétorix : grand chef gaulois, personnage emblématique de la résistance celtique à l’occupation romaine, il a figuré dans le triomphe de César à la fin de la Guerre des Gaules.
Voie romaine : chemins ou routes aménagés à des degrés divers par les armées romaines.




5. Orientation bibliographique.

1. Alié, Victor, Souvenirs de prospections et de fouilles archéologiques, La Villa gallo-romaine de Nadrin-Houffalize, campagne de recherches de 1975 à 1983, Segnia, tome XVII, fascicule 2, 1992.
2. Delplace, C., Peintures murales romaines, Segnia, tome XVI, fascicule 4, p. 67, 1991.
3. Génicot, Léopold, Histoire de la Wallonie, coll. Univers de la France et des pays francophones, série : Histoire des Provinces, Ed. Privat, 1973.
4. Hasquin, Hervé, La Wallonie, son histoire, Ed. Luc Pire, 1991.
5. MEUNIER, Maurice, Nos activités en 1975, Segnia, tome I, fascicule 3, p. 40, 1976.
6. Idem, Activités archéologiques dans la région, Segnia, tome II, fascicule 1, p. 13, 1976.
7. Idem, Activités archéologiques dans la région, Segnia, tome II, fascicule 3, p. 38, 1977.
8. Idem, Activités archéologiques, Segnia, tome III, fascicule 3, p. 49, 1978.
9. MERTENS, J., La période romaine, catalogue d’exposition : Art religieux, Histoire et Archéologie au pays de Houffalize, Imprimeries administratives de Nivelles, pp. 77 – 89, 1985.
10. CESAR, La guerre des gaules, traduction par Maurice RAT, Ed. GF-Flammarion, n°12, 2003.


Essai de restitution de la villa de Fin-de-Ville (Houffalize) dans la première moitié du IIIème siècle pcn. Ce dessin hypothétique vous donne une idée de ce que devait être la villa de Nadrin. Dessin de Maurice Meunier, Cercle SEGNIA.


6. Aperçu de reconstitution et d’interprétation du milieu celtique et gallo-romain.


Crédit photographique des photos suivantes : Archéosite de Aubechie-Bliquy. Reconstitution de l’intérieur d’une habitation celtique du Ier siècle acn. Le foyer se situe au milieu de la pièce ; une barrière sur la droite doit contenir les animaux (chèvres ou moutons) dans un espace qui leur est réservé ; les murs sont réalisés en torchis et laissés bruts.


Remarquez les vêtements reconstitués des celtes gaulois.

Reconstitution d’une villa gallo-romaine. Pour la villa de Nadrin, le toit devait être couvert d’ardoises et non de tuiles comme ici à Aubechie. Remarquez la gallerie en façade.

Ci-dessus et dessous, remarquez le travail du bois des mobiliers de la salle à manger, des fauteuils sans doute en osier et dont le dossier souligne la recherche d’un certain confort. Les propriétaires des lieux doivent appartenir à l’aristocratie ou, du moins, posséder quelques richesses leur permettant un certain luxe dans leur habitat. Remarquez également le sol et comparez-le à celui de la maison celtique.

Ci-dessus, vous pouvez admirer les couleurs vives et contrastées des fresques murales ainsi que les décors géométriques d’inspiration pompéienne. Le sol est constitué d’un béton lisse rosé et est agrémenté d’une petite mosaïque chère au romain.


La fresque ci-contre montre à nouveau le luxe et le raffinement que recherchaient les romains. Ils aimaient s’entourer de couleurs soutenues et pratiquaient déjà une technique artistique appelée trompe l’œil.
L’exemple ci-contre montre une fenêtre ouverte vers l’extérieur. Cette technique donne une dimension supplémentaire et casse la monotonie rectiligne du mur.


Ci-dessus, l’archéosite d’Aubechie vous montre la restitution (hypothétique) d’un fanum gallo-romain ou petit temple. Lieu de culte et / ou centre administratif, il abrite la statue du dieu de la région ou celle de l’empereur auquel les habitants de la région doivent rendre hommage et se livrent à des rites cultuels durant des périodes déterminées. Certains de ces fanum sont probablement à l’origine des églises qui seront bâties plus tard, durant le moyen-âge. De plus, l’emplacement de ce temple fut précédemment (hypothèse plusieurs fois prouvée du point de vue archéologique), à l’époque celtique, l’endroit où les gaulois rendaient leur culte à leurs divinités propres (Intarabu  s ?).



20/12/2010
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 17 autres membres